Aujourd’hui, le MRAP m’a fait voyager dans le temps, gratuitement et sans la décharge électrique à 1,21 gigawatt, la formidable châtaigne qui détourne l’attention pendant que le corps et l’âme se font tordre, suivant la courbure imprimée à l’espace-temps. Si bien qu’en quatre secondes, le temps d’ouvrir un PDF, on remonte cinquante ans en arrière et on se retrouve à Odessa, à Kiev ou à Moscou, dans un petit bureau, face à un fonctionnaire consciencieux s’appliquant à remplir un bordereau qu’on devine être un aller simple vers la Sibérie.
Mais au moins, c’est gratuit. Le train et l’hébergement aussi.
Un peu comme le rapport du MRAP. Il est gratuit, lui aussi. Enfin presque gratuit en ce sens que l’officine est en partie financée par l’argent public. Or, comme toutes les organisations subventionnées, le MRAP doit périodiquement justifier sa prébende. Alors ses militants rédigent des rapports, régulièrement, tel la poule surdouée qui comprend que sa survie est conditionnée à sa production d’œufs, de beau calibre, de préférence.
Dans le poulailler des zélotes du gardiennage des consciences, les flics du MRAP, pourtant si prompts à invoquer les heures sombres de l’histoire, pondent donc des rapports dans lesquels sont dressées des listes épinglant comme à l’index les sites publiant dans la zone dangereuse, hors des clous de doxa antiraciste, là où le procès d’opinion est non seulement possible mais clairement souhaité par nos associatifs professionnels. Car l’autre raison d’exister du MRAP est d’intenter des procès en racisme tout en se drapant des meilleures intentions du monde : Démocratie et Droits de l’Homme, de quoi paver des kilomètres et des kilomètres d’autoroutes infernales, Highway to Vladivostok.
De rapport en procès, le MRAP et ses semblables verrouillent le débat, remplacent la controverse argumentée par l’anathème et c’est alors la terreur qui s’installe. Il faut dire qu’il est tellement plus facile de balancer les pavés « droits de l’homme » et « démocratie » à la gueule des contradicteurs plutôt que de leur répondre. C’est que le temps n’est plus au débat mais à l’annihilation des opposants : voilà des années que les arguments des antiracistes sont à terre, que la vérité est là, toute nue à portée de regard des Français réels, qui constatent bien qu’elles n’ont jamais préféré le Jeans au voile, qu’ils n’ont jamais préféré les livres au Coran ou qu’ils n’ont jamais enrichi la France de leurs différences mais l’ont rendue interdite, barbare, méconnaissable, entre tribalisme et mafia, la faisant ressembler chaque jour un peu plus à un pays du Tiers-Monde.
Alors il faut brocarder tous ceux qui contredisent le dogme et leur coller des étiquettes infamantes pour les faire taire pour de bon. Nazi ! Raciste ! Islamophobe ! Jusqu’à l’absurde, jusqu’à faire figurer dans cet annuaire des infréquentables les pourtant très modérés de chez Causeur ou les blogs des militants de Debout la République. Faut-il vraiment que les concierges du MRAP détestent tant la démocratie et les droits de l’homme pour ranger dans pareils tiroirs tout ce qui n’est, en fin de compte, ni UMP, ni gauchiste ? À force d’investir tant d’énergie à haïr la liberté et le débat d’idée, ils pourraient bien finir par la gagner, leur guéguerre antiraciste pour finalement se retrouver tout seuls, non seulement à la tribune et dans les écoles comme c’est déjà le cas, mais aussi dans la rue, partout. Ils auront alors tout le loisir de relire leur slogan si finement marketé, « tous pas pareil et tous égaux » et de le compléter de la mention « au goulag ».
D’ici là, ils m’auront peut-être fait l’honneur de référencer mon petit support d’opinion à moi dans leur rapport.













